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confidences
confidence du 18 décembre 2009 Les débuts d'une vocation. Montréal 1961, rue St-Laurent confidence du 19 juillet 2009 Adolescent pieux et studieux. Les années faciles. confidence du 21 juin 2009 Jésus pour moi. confidence du 31 mai 2009 L'appel de Dieu comme une mémoire retrouvée à 28 ans. confidence du 24 mai 2009 Pourquoi on devient prêtre de l'Église? |
2417 rue Victoria, Sainte-Julienne (Québec) J0K 2T0
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Les débuts d'une vocation. Montréal 1961, rue St-Laurent Ma vocation sacerdotale fut le résultat d'un long processus de préparation depuis l'enfance. Les événements et les personnes qui m'ont façonné appartiennent à ce processus. Je suis conscient que mon oui donné a été précédé par plusieurs étapes préliminaires essentielles. D'ailleurs, le Seigneur cesse-t-il de nous former? Il faut toujours redire oui, aujourd'hui et demain, et se laisser guider par son Esprit. Montréal 1961, la rue Saint-Laurent n'était pas le quartier branché d'aujourd'hui, avec ses boutiques de luxe et ses bons restos. Au lieu de tapas, on mangeait alors des hot dog stimés à O.10 cents. C'est là que, du village de St-Félix-de-Valois, je viens travailler ce premier lundi d'août, 8h30, âgé de 15 ans et demi, à l'entrepôt de la compagnie Reitman's, situé en ce temps-là rue Saint-Laurent près de la rue Sherbrooke. C'est aujourd'hui le complexe multimédia Excentris. Je serai affecté au département des robes et des manteaux, 3e étage, comme réceptionniste étiqueteur. Le travail était léger comparé à celui de la ferme avicole familiale, mais sans joie, sans fraternité. La matinée était ensoleillée, j'étais curieux de ce qui m'attendait. La moitié de l'étage était occupé par des employés de bureau et des emballeuses de toutes nations, le reste par les supports de vêtements à recevoir et à expédier. La rue sentait la sueur, la misère, la fatigue, la précarité, l'aïl et la graisse. Anglos, Juifs, Italiens, Portugais, Grecs, Canadiens-français s'y mêlaient en un ballet vif et réglé comme les abeilles d'une ruche, chacune à son affaire. On venait y travailler pour un salaire de famine, 35$ semaine, dans les ateliers de couture et les entrepôts. Parfois moins, dans le cas d'immigrants. Je me souviens d'une Portugaise qui parlait avec ses mains et quatre mots d'anglo-portugais, devoir payer son passage en Amérique de cette façon. J'étais étonné que cela existât. Où étaient l'entraide et l'amour? La langue anglaise dominait, mais dans un étrange charabia qui permettait à la rue de toutes les nations de communiquer avec n'importe qui. Pour trouver un environnement français, il fallait marcher un coin de rue vers l'est. Mais cela ne changeait en rien la solitude urbaine visible en tout un chacun. La solitude ne parle ni anglais, ni français. Je connaissais la Bible pour l'avoir lu en entier durant les cours ennuyants de catéchisme de l'école du village et je pensais à la Tour de Babel. J'étais en plein Babel! J'étais dans la cité de l'insensibilité aux personnes, aux autobus bondés de travailleurs hagards dont les repères identitaires étaient devenus obsolètes. Dans la cité exposée aux influences des volontés dominatrices de forces invisibles, le grand patron qu'on ne voyait jamais, les pickpoquets, les publicités criardes jusque sur les toits des édifices. Toute la rue me faisait comprendre la fragilité humaine et le besoin naturel pour chacun de s'isoler afin de se protéger. Cela m'expliquait aussi pourquoi les gens ne s'aimaient pas. Plus je médite sur mon passage dans l'univers de la «Main», plus je devine l'intervention de Dieu qui m'adressait son appel vocationnel. En fait, la rue St-Laurent réclamait de moi quelque chose que je ne soupçonnais pas, mais que j'accueillais et qui s'intériorisait en moi. Si, en 2009, plusieurs déplorent la dégradation morale, le Seigneur me faisait découvrir ce constat à mon adolescence en 1961. La cité sans Dieu produisait les rues St-Laurent du monde entier. 2009 n'est pas plus vide de sens et de Dieu que mon expérience de 1961 et qu'au jour d'Adam et Ève. Mais, depuis la résurrection du Christ, ce vide appelle des témoins de l'Évangile à se lever vigoureusement. Si je suis parti de mon village paisible de St-Félix, en 1961, c'est que le prix du poulet à rôtir de 4 livres s'était effondré à 17 cents la livre alors qu'il coûtait 19 cents à produire. En un an, mes parents accumulèrent une dette de 1,800$, somme énorme à cette époque. Beaucoup d'aviculteurs déclarent faillite et furent rachetés par la multinationale Shurgain, sous un prête-nom local, racketeur de notre village qui finira pendu. Babel était aussi rendu au village! . |